Itinéraires scientifiques

Présentation des 6 itinéraires scientifiques par Béatrice Collignon et Philippe Pelletier, Directeurs scientifiques du FIG 2015Tag programme fig

ITINÉRAIRE 1 : L’AUSTRALIE, PAYS RÊVÉ DES EUROPÉENS ?

Itinérare 1

Le pays invité par le FIG cette année est l’Australie qui, vue de France, est un territoire plein d’imaginaire, du fait de sa situation aux antipodes. Elle ne résiste pas aux clichés que nous aimons lui coller : sa faune, la grande barrière de corail, les Wallabies, le bush, les descendants des bagnards, mais aussi les Aborigènes qu’on aime représenter comme les derniers «sauvages». Puissant point de mire au centre du territoire, Uluru renvoie à  l’Ayers  Rock  des  conquérants britanniques. Et quand on demandait aux anciens géographes de couper ce vaste territoire en plusieurs régions, ils opposaient l’Est «humide» au Nord «rouge», l’Ouest «sauvage» au Sud «coloré» dont se gaussait le géographe Pierre Gentelle qui n’était pas sensible au prisme de la couleur, pourtant très sensible ici. Et pourquoi le mythique «chant des pistes» de Bruce Chatwin et ses mondes surnaturels n’entrait pas dans les questions de géographes ?

L’Australie n’est pas une île, ni un continent. Elle est juste une part de cette «Océanie» que les Occidentaux avaient nommé d’abord Nouvelle-Hollande,  puis  Australasie.  Comme une manière de dire qu’il est difficile de placer cette terre sur l’échiquier géographique mondial.

Arrimée à l’Europe qui s’y est imposée brutalement pour y exploiter l’or, le charbon, le cobalt qui vont ancrer le territoire au système-Monde, l’Australie est, de nos jours, avec ses 23 millions d’habitants une puissance économique et politique qui monte. A la croisée de l’Asie du Sud-Est, de la côte asiatique du Pacifique, de la côte des Amériques et, bien entendu, des îles océaniennes. Ses politiques environnementales, migratoires, le droit des minorités que l’Etat australien a conçu, tout cela en fait-il un des laboratoires du XXIe siècle ? Ou bien la simple déclinaison de tentatives inabouties ?

B. C. et Ph. P.

ITINÉRAIRE 2 : IMAGINER UN NOUVEAU PAYS, LE BROZOUFLAND

Sur une idée de Jean-François Staszak, de l’université de Genève, Saint-Dié va officialiser ses relations avec un nouveau territoire : le Brozoufland. Mais qu’est-ce donc ce pays ? Qui sont les Brozouflandais ?

Pour le festival, on verra des plaques d’immatriculation, mais on ne connaît pas leur capitale ? Ce pays inconnu est-il si petit ? Le climat si ingrat que personne n’en rêve ? Pourquoi la ségrégation y est-elle si poussée jusqu’à imaginer
des toilettes pour Noirs, des toilettes pour Blancs, des toilettes pour hommes, des toilettes pour femmes ?

Le Festival invitera des Brozouflandais, venus spécialement de leur pays, pour en parler. Miss Brozoufland portera les couleurs et les rêves de ceux qui veulent découvrir le pays. Ainsi que le ministre des Sports brozouflandais, champion du monde du Gummock, art martial conçu au Brozoufland.

Le Festival a convoqué des géographes spécialistes du Brozoufland pour comprendre de quoi il s’agit quand on parle d’un pays. Une table-ronde «A quoi servent les pays de fiction» peut montrer comment la géographie se fait en rendant visible la fabrique d’un territoire. Comment les discours, les phénomènes, les processus géographiques s’emboîtent à travers une forme qui peut être excessive, voire caricaturale.

L’enjeu de cette découverte du Brozoufland, une découverte ludique, pédagogique, épistémologique et scientifique est de faire découvrir une des facettes les plus attachantes d’une géographie en train de se construire.

B. C. et Ph. P. et Jean-François Staszak

ITINÉRAIRE 3 : IMAGINER LE MONDE AVEC DES CARTES

Itinéraire 3

A-t-on déjà tout dit sur les cartes qui font rêver ? Celles qui ont orné les salles de classe à l’époque de Vidal de La Blache ? Jusqu’à nos cartes numériques sur l’écran de nos smartphones ?

Pourquoi les cartes font-elles rêver ? Le blanc des atlas ? La carte vue et réalisée comme un divertissement ? Des figures à thèmes ? Des planches de pictogrammes où les poissons sont bien dans la mer et les élans dans la forêt boréale ? Des anamorphoses, curieuses déformations qui laissent songeurs les habitués des projections de Mercator ?

Les cartes, imaginons que ce sont des figures qui se mettent en scène et jouent entre l’illusion de la fiction et le réalisme qui prend la forme d’un dessin.

Regardons-les surgir dans un film ou dans un roman, elles deviennent tout d’un coup comme une image du réel qu’on nous met sous les yeux. La carte ferait plus «vrai» dans un univers comme le film ou le roman qui ne seraient que de la fiction ?

Prenons les cartes allégoriques, celles qui figurent la vie, la jeunesse, l’amour sacré, les champs de la connaissance. Ces cartes-là dépassent le théâtre. Car, soudain, elles illustrent des idées abstraites, morales, qu’on n’aurait pas forcément imaginées sur une carte.

La  table-ronde  «Imaginer  par  la  carte,  rêveries,  fictions,  allégories» montre comment nos conceptions du Monde se nourrissent de ces géographies fantasmées.

B. C. et Ph. P.

ITINÉRAIRE 4 : LES PAYS RÊVÉS QUI FONT MOURIR

Itinéraire 4

Les territoires de l’imaginaire deviennent concrets quand ils sont incarnés par des pays existants et désirés. L’être humain veut voir et aller ailleurs, soit par désir, soit par nécessité, souvent les deux. L’imaginaire entraîne alors la migration, la stimule probablement.

Mais le lieu souhaité est-il à la hauteur des espérances ? Car le pays rêvé fait souvent mourir au cours ou au bout de la migration. Au fond, cet imaginaire est impulsé par qui ? Quel est le poids des contraintes économiques ou sociales et celui de l’aspiration individuelle ?

La table ronde «Imaginaires du monde au risque des frontières» déclinera les questions de migrations, de diasporas, de franchissement de frontières et d’identités transnationales, en mettant l’accent sur les formes d’imagination et d’imaginaire qui les motivent. Ces frontières ne sont d’ailleurs pas forcément «extérieures» et elles peuvent être «intérieures».

B. C. et Ph. P.

ITINÉRAIRE 5 : IMAGINER LA VILLE DU FUTUR

Itinéraire 5

Les utopies urbaines auraient-elles fait long feu ? Alors, pourquoi les projets fous d’éco-cités babyloniennes reviennent périodiquement, remis au goût du jour par des architectes à la recherche du Paradis perdu ?

C’est la science-fiction qui nous renvoie à la réalité d’aujourd’hui et de demain. Car elle dénonce les problèmes qui rendront invivables nos métropoles : congestion automobile, pollution,  services  urbains  déficients,  lien social dissous, inégalités accrues, violences...

La table-ronde «Bien vivre dans la ville du futur, un projet utopique ?» pose le lien entre fiction,  projet  et  réalité  urbaines.  Dans  le façonnement du Monde, l’utopie a une histoire très riche. Elle commence probablement à Milet,  lorsqu’  Hippodamos  rebâtit  la  ville,  jusqu’à Le Corbusier, en passant par Thomas More,  les  papes  et  les  rois,  les  empereurs et les autocrates qui n’hésitent pas à forcer le destin des villes qu’ils soumettent à leurs idées.

Ces cités idéales sont des utopies car l’espace ne peut assurer le bonheur des êtres humains si les sociétés ne changent pas, elles aussi. La justice passe par les projets les plus osés, les éco-quartiers seront des réussites s’ils dépassent le seul stade de l’utopie.

B. C. et Ph. P.

ITINÉRAIRE 6 : IMAGINER LES ÎLES

Itinéraire 6

Les îles font rêver, évoquent la volupté, le sauvage, la nudité, le charnel, le mystère, l’émotion. Tout le contraire de la discipline, de la morale, de l’obéissance, de la frontière. Les professionnels le savent et mobilisent tous ces ressorts.

Aujourd’hui, nous réinventons des îles, aussi bien réelles que métaphoriques. L’île de Robinson  appartient  bien  au  passé.  Mais les ressorts n’ont pas tellement changé. Les insulaires aiment cultiver leurs différences. Croiser ce que pensent les uns et les autres donne naissance à des formes d’îles expérimentales.

La table-ronde «Imaginaire et invention des îles» explore ces mouvements entre l’imaginaire suscité par les îles et l’imaginaire des sociétés qui se projettent sur elles et les transforment en miroirs grossissants, donnant peut-être une vision prospective. Etre sur ces îles-laboratoires aujourd’hui, est-ce un nouvel «habiter les mers» ? Une manière de nourrir le catastrophisme ambiant ? D’une insularisation ? De l’impossibilité de vivre ensemble ? D’un monde qui serait fini ?

B. C. et Ph. P.