La France demain

Jamais sans doute, la question du territoire, de son organisation, de sa gouvernance et de son aménagement n’a occupé une telle place, en France, dans le débat public. En moins de deux ans, le nombre des régions a été divisé par deux, une vingtaine de métropoles ont été créées, la carte des communautés de communes en zone rurale a été totalement redessinée. La désertification des campagnes et la crise des villes moyennes et des petites villes ont été des thèmes majeurs de l’élection présidentielle de 2017. Début 2018, l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, après dix ans de conflit, puis les opérations d’évacuation des ZAD de Bure et de Notre-Dame-des-Landes, ont rappelé que l’aménagement du territoire est devenu, dans la France d’aujourd’hui, une question éminemment conflictuelle.
Le regard que notre société porte sur son territoire est évidemment impacté. Dans l’opinion, du côté des gouvernants et des responsables politiques, mais aussi du côté de ceux qui font profession de penser le territoire et ses évolutions. Si l’Etat s’est converti à l’idée que les territoires, au temps de la mondialisation libérale, sont soumis, comme les entreprises, à la concurrence et que la priorité est d’améliorer leur compétitivité, d’autres acteurs, militants écologistes ou altermondialistes, petits élus, plaident pour une autre stratégie et une autre façon de « faire territoire ».
Les géographes ne sont pas en reste. La grille de lecture qui structurait largement leur discours et leurs analyses sur le territoire français depuis l’après-guerre (« Paris et le désert français », la nécessité du rééquilibrage) – même quand il s’agissait de la relativiser ou de la critiquer - laisse la place à une grille en partie différente, qui oppose encore deux types de territoire, mais plus exactement les mêmes : les « métropoles » (et les territoires périurbains qu’elles polarisent) et la « France périphérique », celle des « marges », des territoires ruraux oubliés, voire des « ghettos » de ces mêmes métropoles ; les territoires de l’innovation, de la connectivité, habités par les « insiders », capables de jouer le jeu de la mondialisation et d’en tirer profit, et les territoires laissés pour compte, habités par les perdants de cette mondialisation, les « outsiders ».
La façon dont nous pensons le territoire français évolue également, bien sûr, sous l’effet de la crise écologique et de la reconfiguration des pratiques et des identités territoriales. Fondamentalement, la question qui est posée est de savoir quelle France nous voulons pour demain : avec quels rapports entre urbain et rural, espaces aménagés et espaces protégés, centres des grandes agglomérations et banlieues, avec quelles pratiques de mobilité, quelles activités économiques, quel mode de production de notre énergie, quelle organisation territoriale, quel degré d’autonomie pour nos régions, quel équilibre entre Nation française et identités régionales ? Ces questions interrogent également la place de la France en Europe et dans le Monde, entre identité et intégration.
Autant de questions profondément politiques, au meilleur sens du terme, que le FIG, fidèle à sa tradition d’ouverture et d’engagement, va s’efforcer d’éclairer, en réunissant géographes et spécialistes des autres sciences humaines, mais aussi d’autres acteurs du territoire, élus, militants associatifs, responsables d’entreprises et experts.

Philippe Subra, Directeur scientifique du 29e Festival

1 - Une France à deux vitesses ?

Le thème des « fractures territoriales » et celui de la « désertification » se sont imposés dans le débat politique et citoyen avec, en toile de fond, les efforts financiers demandés par l’Etat aux collectivités territoriales, les fermetures de services publics dans les petites villes et les zones rurales, la désindustrialisation et la crise du monde agricole. Faut-il « oser le désert », ou du moins privilégier le renforcement des métropoles les plus dynamiques, ou au contraire dénoncer et l’abandon et la marginalisation d’une grande partie du territoire français ?

► Conférence « Prospectives des relations ville-campagne entre une « petite métropole et sa périphérie »

2 - Quelle économie ?

En quarante ans, la France a connu une désindustrialisation massive. Ce processus est-il inéluctable ou peut-on inverser la tendance, relocaliser des entreprises industrielles en France, réindustrialiser la France ? Et à quelles conditions ? La crise du modèle agricole, tout aussi forte, pose la question des nouvelles pratiques agricoles (bio, circuits courts, agriculture de proximité) et de l’avenir de l’agriculture conventionnelle. Quelle place, enfin, pour l’économie résidentielle et de services ? Constitue-t-elle l’avenir des territoires ruraux ?

► Table ronde « Comment peut-on réindustrialiser la France ? »

3 - Aménager la France ou protéger l’environnement ?

Selon France Nature Environnement, il y aurait en France actuellement plus d’une centaine de conflits autour de projets d’aménagement, grands ou petits, ou d’enjeux environnementaux. Le drame de Sivens en 2014, la victoire des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes début 2018, ou encore les conflits autour du projet Cigéo à Bure ou du Grand Contournement Ouest de Strasbourg montrent qu’il n’existe plus de consensus sur la façon dont il faut aménager le territoire. Comment interpréter ces conflits ? Peut-on imaginer des projets qui ne soient pas conflictuels ? L’apparition, limitée mais significative, de « zones à défendre » (ZAD) est-elle le signe d’une radicalisation durable de la question environnementale ? Comment continuer, dans ces conditions, à dialoguer, comme le proposent la concertation et l’expérience des débats publics autour des grands projets d’équipements ?

► Conférence « Les zones à défendre, une radicalisation des luttes environnementales en France »

4 - Quelles nouvelles pratiques de la ville ?

La gentrification des centres-villes, la crise persistance des banlieues populaires, l’étalement urbain et la crise des petites villes et des villes moyennes posent la question de la ville dans la France de demain. Va-t-on vers une évolution des rapports entre centres et périphéries (polycentrisme ou multipolarité) ? Les ghettos vont-ils s’enraciner ou peut-on miser sur l’inclusion des populations d’origine immigrée ? Assiste-t-on à une convergence des modes de vie et de consommation urbains et ruraux ? Faut-il densifier la ville ? Faut-il penser les campagnes comme une partie du système urbain et voit-on apparaître de nouvelles formes de ruralité ?

► Conférence « En route vers des villes vertes et douces »

5 - Quelle organisation territoriale ?

Menée tambour battant, la réforme territoriale de 2014-2015 est la 4e depuis la décentralisation de 1982-83. Souvent critiquée dans son contenu et ses modalités, elle est en tout cas la preuve que la question de l’organisation territoriale du pays reste ouverte et n’a pas encore trouvé de réponse, sinon définitive, du moins durable. Faut-il réduire le nombre de couches du millefeuille en supprimant les Départements et en faisant des intercommunalités les instances de base de la gouvernance du territoire, aux dépens des communes ? Les nouvelles métropoles ont-elles les moyens de leurs ambitions ? L’augmentation de la taille des régions estelle la bonne réponse aux défis que rencontrent les territoires ?

► Conférence débat « Quels savoirs pour penser les territoires de demain ? »

6 - Les pays invités : la Scandinavie et les Pays du Nord de l’Europe

Les cinq pays du nord de l’Europe (Danemark, Suède, Norvège, Finlande et Islande), même s’ils ont chacun leurs spécificités, forment aux yeux du public français un ensemble cohérent. Ils sont très présents dans les débats politiques français (le « modèle suédois » des années 1980 et plus récemment la « flexi-sécurité » à la danoise) et en même temps familiers, grâce au succès du polar scandinave. Faut-il continuer à se référer à ces pays comme à des modèles ? Comment abordent-ils les enjeux du changement climatique, eux qui sont aux premières loges ? Comment expliquer le choix fait par la Suède et la Finlande de développer le recours au nucléaire ? Comment ces pays s’adaptent-ils aux évolutions géopolitiques (retour de la Russie, aspiration à l’indépendance du Groenland) ?

► Conférence « Un modèle nordique de développement durable ? »